À la fin de chaque cours, il y a un moment que certains attendent avec impatience — et que d’autres redoutent sans toujours savoir pourquoi.
Savasana. La posture du cadavre. Allongé sur le dos, bras légèrement écartés du corps, yeux fermés. Rien à faire. Rien à tenir. Rien à accomplir.
Et pourtant.
Ce qui se passe réellement dans savasana
Savasana n’est pas un repos passif. C’est une intégration active.
Pendant toute la séance, le corps a travaillé. Les muscles ont été sollicités, relâchés, étirés. Le système nerveux a navigué entre effort et lâcher-prise. La respiration a guidé le mouvement.
Dans savasana, tout ce qui a été fait s’installe. Le système nerveux enregistre les nouvelles informations proprioceptives. Les fascias continuent de se réorganiser. Le cortisol redescend. L’activité parasympathique prend le relais.
Couper savasana, c’est supprimer la phase d’intégration — comme partir du four avant que le pain soit cuit.
Pourquoi c’est difficile
Ne rien faire est une compétence. Dans notre culture, l’immobilité est souvent associée à la paresse ou à la perte de temps. Le cerveau, habitué à l’activité continue, résiste.
Les pensées arrivent. L’esprit commence à planifier le dîner, à se souvenir du message non répondu, à anticiper la réunion de demain. C’est normal. C’est exactement ce que savasana est censé révéler — et progressivement calmer.
Pour certains, rester immobile sur le dos réveille aussi quelque chose d’émotionnel. Le corps, quand il n’est plus en mouvement et en contrôle, peut laisser remonter des sensations enfouies. C’est une des raisons pour lesquelles des personnes pleurent parfois en savasana. Le corps libère ce que l’esprit retenait.
Ce que savasana entraîne
Pratiquer savasana régulièrement entraîne la capacité à basculer volontairement en état de repos profond. C’est une compétence précieuse — notamment pour le sommeil, pour la récupération après le stress, pour la gestion de l’anxiété.
Les yogi qui pratiquent depuis des années décrivent souvent savasana comme la posture qu’ils apprécient le plus. Cela prend du temps. C’est une pratique en soi.
Quelques conseils pour mieux habiter savasana
- Couvrez-vous si vous avez froid — le corps se refroidit rapidement à l’immobilité
- Utilisez une couverture pliée sous la tête ou une bolster sous les genoux si le bas du dos est inconfortable
- Laissez les yeux se fermer sans les fercer — laissez les paupières tomber naturellement
- Quand une pensée arrive, ne la combattez pas — remarquez-la et revenez doucement à la sensation du corps contre le sol
La mort symbolique comme outil de transformation
Le nom sanskrit de la posture — savasana, de sava (cadavre) — n’est pas anodin. Symboliquement, chaque séance se termine par une petite mort : le lâcher-prise de ce qu’on était avant le cours. Une version allégée, plus légère, se relève quelques minutes plus tard.
C’est peut-être pour ça que ceux qui pratiquent depuis longtemps ne quittent jamais le tapis avant savasana. Ils savent que c’est là que tout se passe vraiment.
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